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Jeudi
08
NOVEMBRE
2018
12:30
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Adresse

Petit Palais
Auditorium
Avenue Winston Churchill
75008 Paris

Funestes présages

Marie-Ange Nguci | Piano

Présentation

La violence des sentiments dans les œuvres d’art suscite une fascination singulière par le bouleversement spirituel qu’elle procure, une admiration renouvelée pour les réflexions profondes qu’elle éveille. Elle a donné naissance à des chefs-d'œuvre éblouissants qui représentent aujourd’hui des références incontournables.

Ce programme s’y réfère en ouvrant trois fenêtres sur le XXe siècle, trois regards distincts où les funestes présages tissent une singulière évocation musicale de l’effroi face à la guerre, la mort et l’au-delà…

György Ligeti (1923-2006), fort connu du public par l’intermédiaire de S. Kubrick qui utilisa sa musique pour nombre de ses films, compose Automne à Varsovie en hommage à sa famille perdue à Varsovie durant la Seconde Guerre mondiale. Construite comme une immense fugue-strette, sur un continuum sous-jacent ininterrompu, l’œuvre crée l’illusion d’un frémissement suspendu, inquiétant, poussant l’angoisse et la tristesse jusqu'au désespoir et l’effondrement dans la violence. Avec l’Escalier du Diable, Ligeti parvient à provoquer l’illusion d’un escalier infernal - dédale d’où il est impossible de s’échapper, à l’image des escaliers impossibles de M. Escher, atteignant son paroxysme alors que la note la plus aiguë du clavier retentit en même temps que le triton (Diabulus in musica), dans la basse la plus profonde.

Le Gaspard de la nuit d'Aloysius Bertrand (1807-1841), poète romantique féerique et halluciné, envoûta Maurice Ravel (1875-1937) par la griffe démoniaque de son style et lui inspira l'un des plus grands chefs-d’œuvre modernes de titre éponyme. Le cycle s’ouvre avec la belle Ondine, séductrice cherchant à entraîner le rêveur loin des siens, dans un monde qui lui est étrange et étranger, pour disparaître dans un éclat de rire infernal et sarcastique. Ravel laisse entrevoir, avec ce poème de l’eau et de l’envoûtement, l’étendue que peut prendre la dimension diabolique, même cachée derrière une apparence gracieuse et mirifique. Contrastant avec force, la deuxième pièce Le Gibet, est noire et funeste : placée sous le signe de la mélancolie et de la dépression, le même son – glas lugubre du pendu - est répété obstinément 153 fois, sous un cortège d'accords insolites embrumés par un froid glacial. Pour clore le triptyque, d’une véritable chausse-trape tendue sous les doigts du pianiste surgit Scarbo, le gnome satanique. Sous le motif initial de trois notes émergeant des profondeurs, Ravel y ajouta de sa main les mots Quelle horreur !

Serguei Prokofiev (1891-1953) ne supporte ni subir, ni contempler. Pour contrer les sinistres augures assombries par l'imminence de la guerre, il crie son angoisse et sa révolte, plongeant le spectateur dans le tourbillon des quatre mouvements de la Sixième Sonate, mêlant illusions et désillusions à la violence obsédante des tocsins de guerre, entrecoupés par l’élégie désespérée des souvenirs heureux et du désir de vie. Prokofiev - l'enfant terrible - donne à sa musique une armature en acier, ne cédant pas aux funestes présages, bravant tout au nom de la survie et de l’espoir.

Programme

  • György Ligeti (1923 – 2006)
    Études pour piano (extraits) | 1985
    Automne à Varsovie (extrait du Premier Livre)
    L’Escalier du Diable (extrait du Deuxième Livre)
  • Maurice Ravel (1875 – 1937)
    Gaspard de la Nuit | 1908
    Ondine
    Le Gibet
    Scarbo
  • Serge Prokofiev (1891-1953)
    Sonate n°6 en la majeur, op.82 | 1939-1940
    Allegro moderato
    Allegretto
    Tempo di valzer lentissimo
    Vivace